surendettement

D'ennuis de santé en soucis professionnels, puis en revers financiers, Janike Audebert et José Ramos sont criblés de dettes. Cela peut arriver à tous, témoignent-ils

La série de malheurs qui ont accablé Janike Audebert et José Ramos depuis l'achat de leur maison en 2002 est de nature à faire pencher quiconque vers l'insomnie, le pessimisme, voire le désespoir. Un dramatique effet domino les a conduits à déposer deux dossiers de surendettement auprès de la Banque de France en 2007.


Aujourd'hui, séparés, ils continuent de voir leur dette courir, avec pour seul espoir de vendre leur grande maison pour se libérer du cauchemar. Une spirale infernale contre laquelle ils souhaitent prévenir tout un chacun... Encore étourdis par « le manque d'information et par les mauvais conseilleurs ». Une amère leçon.

Six opérations en 19 mois

En 2004, Janike et José étaient un couple de fonctionnaires de police, propriétaire d'une maison en pierres de 150 mètres carrés à Fronsac. « Cette maison, nous l'avons achetée à la cinquantaine. C'était notre bébé, nous l'avons restaurée nous-même. » Mais en septembre 2003, Janike est arrêté pour des ennuis de santé. À répétition. Elle sera immobilisée dix-neuf mois, et subira six opérations : au genou, au pied, à l'épaule gauche, puis à l'épaule droite. Et enfin, une hystérectomie.

À tel point que la sous-brigadière de police en oublie sa demande de mutation à Saint-Jean-de-Luz, enclenchée en 1993, et toujours d'actualité. La commission valide sa mutation. « J'étais en arrêt maladie, donc je n'ai pas été informée par l'administration. » La fonctionnaire ne rejoindra jamais son poste. Et sa tentative de permutation avec un collègue n'aboutira pas.

« J'étais déléguée syndicale. Une femme dans la police qui défend des hommes, cela ne passe pas. À 52 ans et demi, on m'a mise à la retraite pour invalidité en me promettant une rente que je n'ai jamais eue. Je suis passée à 50,24 % de mes revenus, soit 1 027 euros. On venait d'acheter la maison, les difficultés ont commencé. » Elles se sont accrues quand José a été retraité à son tour. « De 4000 euros, nous n'étions plus qu'à 2600 euros. » Pour lutter contre les ennuis matériels, José et Janike bazardent motos et voiture. Mais déjà, le couple se délite, puis se sépare.

Promesse non honorée

La mise en vente de la maison est la suite presque logique, fin 2006. Mais à ce jour, le bien n'est pas toujours pas vendu, malgré les baisses successives du prix de vente, jusqu'à atteindre 190 000 euros. L'ex-couple blâme la conjoncture et la frilosité des banques. « Il y a eu les élections, puis la crise, et on s'attend à une seconde crise... »

Mais aussi, « la promesse non honorée du Conseil général. Lors de la création de la déviation de Fronsac, on nous avait promis un mur antibruit. Nous l'attendons encore. » De même que l'entretien ou la destruction d'une maison mitoyenne, propriété de la collectivité locale, et qui menace ruine aujourd'hui.

Si José et Janike ne vivent plus ensemble, ils partagent toujours une dette indivisible de 159 000 euros, contractée en 2002 pour l'achat de la maison. Et une procédure lourde dans laquelle ils n'auraient jamais pensé s'engager. « Nous avons toujours payé nos factures et honoré nos engagements, sauf pour la maison. » Car, en septembre 2007, épuisés financièrement, ils déposent un dossier de surendettement auprès de la succursale de la Banque de France à Libourne.

Demande de grâce

Ce recours, prévu par le Code de la consommation, est conçu pour les personnes dans l'incapacité de faire face à des dettes. Si le dossier de surendettement est accepté, un échéancier est établi pour rééchelonner le paiement des dettes. Soulagement ? « Avec le dossier de surendettement, on se dit qu'on est sauvé » se souvient Janike. « Mais on nous enfonce de plus en plus. Sur le conseil de la Banque de France, et dans l'attente de la décision de la commission de surendettement, nous avons arrêté le paiement des mensualités », se souvient Janike. Les deux dossiers sont acceptés huit mois plus tard. Mais entre-temps, la banque et l'organisme de crédit ont fait courir frais et intérêts. « Aujourd'hui, nous devons 30 000 euros de plus qu'à l'origine. Plus on paie, plus on doit ! »

Mais ce n'est pas tout. Au terme d'un premier plan de rééchelonnement de leur dette, les ex-concubins ont présenté chacun à nouveau un nouveau dossier. Seul celui de Janike est accepté. « Me voilà avec la totalité de la somme due sur le dos, soit 184 000 euros, car nous avons acheté la maison ensemble et contracté la dette en indivision. Jamais on ne nous a indiqués que nous étions solidaires de la somme totale. » José, lui redevable de 176 000 euros, va jouer son va-tout, en requérant deux ans de grâce au Tribunal d'instance. Et en priant le ciel pour que soit vendue la maison qu'il habite toujours.

 

Source : http://www.sudouest.com/gironde/actualite/libournais/article/820657/mil/5539965.html