endettement des menages

Les ménages incapables de rembourser leurs dettes sont de plus en plus nombreux.


« - Vous avez fait le calcul de vos dettes ?
- Non. Mais ça doit faire 20 000 euros... Plus ou moins.
- 36 012. »

Michèle Engel est bénévole à Cresus, une association qui s’occupe depuis plus de dix ans de l’accueil et du suivi des surendettés. Carine et Hugues viennent pour la première fois. Calculette à la main, cette ancienne responsable du contentieux bancaire mène la rencontre suivant un rituel bien rôdé : total des dettes dans un premier temps, calcul des remboursements mensualisés et de la capacité à les honorer ensuite.

La différence permet de savoir si le dossier est recevable par la commission de surendettement de la Banque de France. « Certaines personnes ont accumulé tellement de crédits auprès d’organismes différents qu’elles ne sont même pas capables de chiffrer leur passif », explique-t-elle. Et la part de ces ménages dits fragiles, c’est-à-dire incapables de rembourser leurs dettes sans un nouvel emprunt, ne cesse d’augmenter. En un an, ils sont passés de 3,8% à 4,1% des foyers français.

Crédit vicieux.

Cet engrenage, Cyril le connaît bien. Son premier crédit remonte à plus de six ans. « J’avais trouvé une super imprimante en promotion à 200€ mais je n’avais pas l’argent. Le magasin Surcouf à Paris travaillait avec Cetelem. Ils m’ont proposé un crédit permanent de 2300€. Une réserve au cas où, et c’est comme ça que tout a commencé. »
Incapable de rembourser les mensualités avec son salaire de 730€, il souscrit un crédit Pass, puis un troisième. « Au bout de deux ans, je n’arrivais plus à payer mon loyer et j’ai dû déménager chez ma grand-mère en Lorraine. L’emploi que j’ai trouvé était à quinze kilomètres de la maison. Pendant huit mois, j’ai fait la route à vélo. » Le Crédit mutuel accepte de racheter ses crédits contre un prêt de 6800€ mais ne bloque pas les cartes. Licenciement, découverts, agios : « J’avais 22 ans, j’ai replongé... Mais de toute façon, je n’avais pas trop le choix. Je n’avais pas cotisé assez pour avoir les Assedic. » Aujourd’hui, il préfère ne pas penser au prix auquel lui sera revenue son imprimante. Une imprimante qu’il vient de revendre pour approvisionner son compte et pouvoir financer ses chèques impayés.

Accident de la vie.

Le cas de Cyril n’est pas isolé. Les moins de 25 ans représentent 9,3% des surendettés en Alsace. Un taux supérieur à celui de la moyenne nationale qui s’explique par plusieurs facteurs : « Les logements sont particulièrement onéreux dans la région. Le taux d’activité des jeunes est certes supérieur à celui du reste de la France mais les emplois occupés sont souvent moins qualifiés et plus précaires », explique la directrice de la mission locale de Molsheim. Une constatation partagée par les membres de Cresus qui se battent contre l’image du surendetté « flambeur ». Les deux tiers des personnes sont des surendettés passifs. Leur situation est due à un accident de la vie, chômage le plus souvent mais aussi divorce, décès du conjoint ou maladie.
La plupart d’entre eux ont un emploi, à l’image d’Eric et Fanny. Agés de 22 et 25 ans, ils hésitent à engager une procédure de surendettement. « On est le 10 novembre et, comme d’habitude, on est à moins 800 euros. » Le jeune couple a pourtant bénéficié d’un Fonds d’aide à la jeunesse le mois dernier mais celui-ci a aussitôt été absorbé pour combler leur découvert. Bien décidés à s’en sortir, Eric et Fanny ne désespèrent pas. « On progresse dans la gestion de notre argent. Maintenant, on rembourse systématiquement nos proches. »
Avec leur propriétaire, ils parviennent pour le moment à négocier les retards de loyer. Pour le reste, ils s’adaptent. Le chauffage est électrique. Ils ne l’allument jamais, ça leur coûterait trop cher. Alors ils se contentent d’un poêle d’appoint et dorment dans le salon.

 

Source : mcsinfo.u-strasbg.fr