Faire ces courses à credit

Régler ses dépenses courantes en plusieurs fois ou les payer à crédit permet à de plus en plus de familles de boucler des fins de mois difficiles, au grand dam des associations de consommateurs et des élus qui y voient un risque potentiel de surendettement.


"Dès que la dépense atteint 200 euros, les gens demandent trois mois de crédit", affirme Lucien Odier, porte-parole de la Fédération des enseignes de l'habillement. D'autres demandent à ce que leurs chèques soient encaissés à la fin du mois, malgré l'interdiction de cette pratique.

Avec la crise, l'étalement des paiements devient monnaie courante pour les classes moyennes, tandis que les cartes "privatives", émises par des établissements de crédit pour payer exclusivement dans certains magasins, gagnent du terrain.


Cartes Cofinoga (Galeries Lafayette), pass (Carrefour), aurore (Cetelem), Finaref (Fnac, Club Med, Printemps, La Redoute): l'éventail ne cesse de s'élargir, attirant des clients séduits par les remises potentielles ou des conditions d'achat dites préférentielles.

Aujourd'hui, les crédits à la consommation représentent près de 14% de la consommation des ménages, selon l'Association française des sociétés financières (ASF).

"J'ai pris une carte Cofinoga pour aider ma fille et acheter un manteau à mon petit-fils de 14 ans pour Noël. On ne peut pas s'empêcher de gâter ses proches à Noël, malgré la crise", glisse Josette, une retraitée de 61 ans, qui vient de recevoir sa carte.

Difficile en effet de résister à la tentation, particulièrement à l'approche des fêtes, quand ces facilités de paiement s'obtiennent si aisément sur les lieux de vente même, soulignent les associations.

"On ne nous demande qu'une pièce d'identité, un RIB et un chèque annulé pour avoir cette carte, c'est trop facile ! Heureusement que je suis raisonnable", estime Josette. Elle voudrait juste profiter de l'étalement des paiements et espère qu'elle n'aura pas à toucher à la réserve d'argent de 3.000 euros qui lui a été consentie à l'ouverture de son compte. "Mais il ne faut jamais dire fontaine", admet-elle.

Ce type de crédit "revolving" est particulièrement mis en cause par les associations. Il s'agit d'une réserve d'argent à court terme, renouvelée en permanence et assortie de taux pouvant dépasser les 20%, que le client peut obtenir via sa carte "privative".

Une bouffée d'oxygène pour certains ménages qui peut se révéler toxique, car "on a une montée en puissance de l'incapacité des gens à faire face à leurs mensualités", met en garde le médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye, spécialisé dans les problèmes d'endettement.

Or, "le surendettement commence de manière très progressive. Au départ, les gens veulent juste maintenir leur train de vie" grâce au crédit, relève-t-il.

Ce phénomène, difficile à quantifier, devrait, selon lui, aller en s'accélérant avec la crise.

"Le crédit à la consommation est de plus en plus utilisé pour faire face à une situation que les gens croient momentanée", explique-t-il.

Le sénateur UMP Philippe Marini a décidé récemment de s'attaquer aux "abus du crédit à la consommation" avec une proposition de loi qui vise à responsabiliser les établissements de crédit.

Une initiative saluée par les associations de consommateurs comme l'UFC-Que Choisir et la CLCV, pour qui le crédit à la consommation doit être accordé "dans des conditions permettant d'assurer la pérennité et la sécurité financière de la relation contractuelle".

 

Source : AFP